Gore, dérangeant, politiquement incorrect, mystique, effrayant, subtil, parfois drôle, glauque... Tous les ingrédients du film d'horreur réussi sont dans cette recette. Une recette qu'un jeune réalisateur français de 28 ans, Alexandre Aja, nous avait déjà livrée il y a 4 ans avec Haute Tension (avec Cécile de France), et qu'il nous reconcocte aujourd'hui avec la Colline a des Yeux, un chef-d'oeuvre de l'horreur déjà réalisé il y a 30 ans par le grand Wes Craven.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'élève a supplanté le maître et qu'Aja se révèle être probablement le meilleur réalisateur d'épouvante actuel. Peut-être est-ce sa vision francophile des choses, qui, dans le contexte américain fait mouche, comme l'avait déjà fait Jean-Pierre Jeunet sous un angle qui lui est très personnel avec Alien la Résurrection.
Un viol pire que dans Irréversible
Le talent d'Aja, c'est avant tout de créer une ambiance vraiment particulière. Dès le début, le générique met hyper mal à l'aise avec des vraies photos de gamins déformés par des essais nucléaires. Ensuite, la trame se met doucement en place autour d'une famille déchirée qui va se réunir autour de l'anniversaire de mariage du père et de la mère, un couple réactionnaire et bigot.
Derrière on a le jeune couple avec bébé dont le mari est un intello démocrate et pacifiste qui ne supporte pas ses beaux-parents, et les enfants, un ado boutonneux et une petite pouf qui ne pense qu'à bronzer. Tout ce petit monde part dans un immense camping-car fêter le grand événement en Californie et finit par se perdre dans le désert. Peu à peu, des choses étranges vont se passer autour du campement pour aboutir à un véritable cauchemar.
Le propos est évidemment sanglant avec des scènes véritablement affreuses et des monstres déformés par la radioactivité qui ont perdu (presque) toute trace d'humanité, choquant parfois avec une scène de viol qui ferait passer celle d'Irréversible pour un acte d'amour entre Bisounours et parfois touchant, avec cette petite fille difforme en capuchon rouge, qui semble être la seule à avoir gardé une once de bonté dans ce monde où les anciens mineurs ravagés par la radioactivité ne pensent qu'à se venger des « valides ».
Entre mystère et réalisme
Mais là où le film fait vraiment mouche, c'est dans la confrontation entre le côté mystique de la situation (un village perdu au milieu de nulle part et totalement inconnu, une zone interdite par l'armée, des dizaines de voitures abandonnées dans un cratère, des personnages qui passent comme des fantômes...) et le côté réaliste
: les monstres ne sont finalement « que » des anciens mineurs déformés à la suite d'essais nucléaires engagés par le gouvernement américain dans les années 50. Rejetés par la population, ils ont préféré vivre en autarcie, mais ils ont la télé, l'électricité, des voitures...
Au final, on a un film rondement mené, d'horreur certes, mais crédible. D'autant que les malformations suite au nucléaire sont légion et que les essais radioactifs dans le désert américain et leurs impacts sur la population ont toujours été classés confidentiels par le gouvernement américain.
A acheter sans faute pour les amateurs d'épouvante et, au-delà, les cinéphiles de tout bord. 
« La Colline a des Yeux »
Sortie en DVD le 24 janvier 2007
Acteurs : Aaron Stanford, Ted Levine, Kathleen Quinlan
Editeur : Fox France
Durée : 1h43
Prix : 20 €
INTERDIT AUX MOINS DE 16 ANS



