Le personnage a beau avoir certains côtés politiquement détestables (« Je suis un écrivain combattant, chrétien, sioniste et pro-américain », déclarait-il dans VSD en septembre dernier), l'écrivain lui est souvent exceptionnel. Et ses moutures toujours étonnantes dans leur style « cyberpunk », purement « Dantecien ». Le dernier né de Maurice G Dantec – Grande Jonction – sorti en septembre, ne fait pas exception à la règle et a le mérite de ne s'attarder que sur la SF sans trop rentrer dans des délires métaphysico-politico-théologiques qui avaient fait de ses derniers romans de relatifs échecs car un peu trop « masturbatoires ».
Pour cet écrivain chrétien en croisade perpétuelle, on retrouve les thèmes classiques de ses romans : la décadence humaine, la domination des robots, un paysage post apocalyptique... Dans ses idées comme dans ses livres, le chaos n'est jamais loin : qu'il soit Musulman dans la « vraie » vie ou robotique dans ses romans.
Quand l'Ancien Testament rencontre Matrix
On préfère vraiment le Dantec à la plume avec ce dernier livre, mélange d'Ancien Testament et de Matrix, saupoudré de Mad Max, déplacé dans un univers d'intelligence artificielle. Une IA qui a tout mis en oeuvre pour ruiner l'organisation humaine. Mais la seconde chute menace et cette entité va tout tenter pour transformer les êtres humains en modems. L'analogie entre l'ordinateur est ici calquée sur le cerveau humain, victime d'un virus mental comme d'un virus informatique.
Les personnages sont totalement atypiques, comme leur auteur. Et quand Dantec se sert de son clavier comme d'un mitrailleur de mots, on se laisse aller par cette délicieuse violence jusqu'au bout et on se dit que, décidément, ce mec on le hait comme on aime un dictateur. Il paralyse notre pensée, nous malmène, mais on ressort fascinés et épuisés en attendant impatiemment la prochaine pépite.
Le scénario : 2070. 12 ans après la destruction de la Métastructure qui, si elle a pacifié le monde, est parvenue à complètement machiniser l'Homme. Une seconde mutation est en cours : quelque chose se sert du néant laissé par la Métastrucuture pour le détruire. Elle le tue en attaquant le langage. En le ramenant à son degré zéro, en le convertissant en langage numérique, à une suite binaire de 0-1. L'Homme risque de mourir comme une machine, c'est le piège ultime de la technique. Seul espoir, l'attente d'une cargaison de livres. Une bibliothèque entière qui bien sûr est extrêmement menacée. 
Grande Jonction de Maurice G Dantec
Editeur : Albin Michel
Sortie : septembre 2006
Nombre de pages : 774
Prix éditeur : 47,50 euros



